L'Afrique sous verre de BMZ
Sur une vitrine du 10, rue de l'Arquebuse, l'énigmatique BMZ ouvre sa "Porte de Sion" sur l'Afrique des rastas.
Si vous êtes passés par la rue de l'Arquebuse, ces derniers jours, vous n'avez pas pu manquer la vitrine du cabinet de l'architecte Eric Lenoir qui accueille, d'ordinaire, deux ou trois fois par
an, des installations d'art contemporain.
L'oeuvre présentée actuellement dans cette rue piétonne du centre carolo est ce que l'on appelle un fixé ; un procédé de peinture sous-verre qui était encore courant au XIXè siècle en Europe et qui
est restée un mode d'expression très créatif dans certains pays d'Afrique et, notamment, au Sénégal où l'artiste ardennais BMZ est allé passer quelque temps avant de revenir peindre, sur une
vitrine de 3,70 m par 2,50m, sa "Porte de Sion".
Marcus Garvey et Prince Emmanuel
Pour tous ceux qui s'intéressent à l'univers rasta, la Sion dont il est question dans cette fresque géante, est la Jérusalem Céleste, symbole du retour des Noirs de la Jamaïque vers la terre sacrée
d'Ethiopie et mythe fondateur de tout le mouvement à la fois religieux et politique des rastas...dont Bob Marley fut l'une des icônes les plus célèbres.
Mais BMZ, artiste originaire de Soissons et installé au chef-lieu ardennais depuis cinq ans, a préférer s'abstenir de toute représentation folklorique trop facile. Certes, l'oeuvre est cernée des
fameuses couleurs de l'Afrique, vert, jaune et rouge, pourtant, une petite explication est nécessaire pour saisir tous les symboles de cette oeuvre originale.
Le lion, animal symbole des rastafarians ; la Tour de Babel (en bas à gauche); les eaux de la Mer Rouge engloutissant les chars de Pharaon à la poursuite des Juifs (au milieu); Sodome et Gomorrhe
en flammes (en haut). Une belle galerie de portraits pas forcément très familiers : Sizzla, chanteur de reggae jamaïcain; Daddy Mory, autre chantre (français) de cette musique née à Kingston;
Marcus Garvey, leader populaire jamaïcain qui fut le premier à suggérer l'idée d'un possible retour vers la terre promise; Prince Emmanuel Charles Edward, dirigeant du Ethiopia African Black
International Congress, décédé en 1994; les turbans typiques du mouvement Bobo Ashanty; et, même, le Negus Hailé Sélassié (en haut sur le drapeau éthiopien), que BMZ a voulu représenter sous les
traits du Roi Salomon.
Jusqu'au prochain festival
" Il m'a fallu trois semaines pour couvrir totalement la vitrine de l'intérieur", explique BMZ. La difficulté de la technique du fixé est de peindre à l'envers, mais aussi à rebours de ce qu'un
artiste fait généralement.
"Pour dessiner un oeil, par exemple, il faut commencer par le reflet de la pupille, ensuite continuer par la pupille, puis le blanc de l'oeil, etc". un véritable tour de force; surtout pour
quelqu'un dont c'était le tout premier fixé!
L'oeuvre restera en place au moins jusqu'au prochain Festival mondial des marionnettes. Ensuite, il faudra gratter la peinture...ou remplacer la vitrine si un amateur veut faire l'acquisition de la
"Porte de Sion".
Patrick Flaschgo, in l'Ardennais, janvier 2006
PORTE DE SION